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Dès la parution du premier numéro de 180°, on attendait le numéro 2. Cet Ovni de l’édition culinaire avait surpris par son parti pris image, son papier, son nombre de pages, mais surtout par son contenu. Tout de suite très curieuse, j’avais été un peu refroidie par sa lecture un peu glaciale, son ambiance grisâtre qui s’éloignait tant de la gourmandise. Et pourtant c’était l’été.

Le numéro Automne Hiver vient d’arriver, et gagne en couleurs : on garde la même identité, une tonalité de gris coloré chic, les photos de reportages en cuisine, les parti- pris osés, des portraits noir et blanc des chefs et des brigades,  mais on y découvre bien plus de couleurs dans les plats, les produits, les figues et les grenades, et cela donne plus envie. Conscient peut être de sa distance un poil exagérée entre le lecteur et le parti pris artistique, 180° a su garder son esprit mais en seul numéro rectifier ce qui aurait pu nous refroidir.

Le Mook, moitié livre, moitié magazine, se mérite, puisque son prix (19,90 euros) le place de toutes façons hors de portée des simples papillonneurs, avides de quelques idées de recettes. On s’adresse bien aux passionnés culinaires, pros ou amateurs, pour qui l’aliment est le prétexte d’une histoire humaine. 180° se feuillette, mais surtout se lit : Les reportages nous emmènent dans les cuisines des chefs, les textes vont au bout des choses, et peignent les gens et leurs parcours. Sans voyeurisme, on touche à la personnalité intime dans cet article sur Michel Del Burgo. En amuse bouche, on grignote les papiers légers come le Chabrol ou « les menus plaisir ». On se plonge ensuite dans le document, et on voyage avec les ormeaux ou les tarbouriech.

Les recettes ne sont pas extravagantes, et servent des produits de tous les jours, (les endives, potimarron, figues…), réveillent des plats d’avant (quenelles de brochet). Les dressages sont sans chichis.  Je sais que je vais m’en inspirer dans les prochains jours, c’est bon signe. Le Scofa se paie même le luxe d’un pas à pas, à la fois pratique et « classe ».

Les textes se permettent, comme dans un vrai livre au parti pris bien assumé, quelques libertés de ton et une belle écriture, sans tomber toutefois dans des envolées lyriques illisibles comme on peut le lire ailleurs. Juste un peu d’humour et c’est bien écrit. Ca fait du bien… En fin d’ouvrage, les chroniques d’une ou 2 pages sont bien senties.

Côté photos, on aime aussi les détails qui signent une mise en page comme un tableau : les carreaux de ciment de la cuisine dans le papier sur Chabrol, un détail d’un vieux miroir ou une algue dont se nourrissent les ormeaux.

Et les gros plans macro nous permettent de rentrer dans le produit. On est dans sa chair, on sent sa texture. Quel magazine aujourd’hui se permet ainsi de consacrer une chère page à un tel gros plan qui, sans légende, ne permet pas tout de suite de reconnaître de quoi il ‘agit ? C’est un luxe, de 192 pages…

Bien joué, l’équipe, je commence à être accro, j’attends le numéro 3…

Anne Garabedian